Pisac et les Winaï Taki (part 1)

Publié le par héloïse Thomas

Après avoir dit au revoir à Julien, qui rentre sur Paris, je prends un bus locale pour aller à Pisac. Laurent (un ami Français qui tourne un documentaire au Pérou) m’a invité à venir découvrir les gens qui l’accueillent depuis un mois maintenant, et de venir m’intéresser à la vision et au mode de vie d’une famille Péruvienne Quechua. L’idée est alléchante. Je paye mes 25 centimes de bus « collecivo » en étant ravi de trouver une place de libre.


Bus collectivo
: bus pouvant contenir plus de personnes qu’il n’en faut, a entasser sur les sièges, dans le couloir, à côté du chauffeur, etc. etc. etc., et qui « propose » son toit pour accueillir toutes sortes d’objets qu’apportent les passagers comme des sacs, des cages a poules, du maïs, du blé, de l’artisanat, un frigo, un vélo, etc. etc.…..

L’été, c’est la fête partout au Pérou, les gens sont heureux de la chaleur ambiante, et du soleil présent toute la journée. Les enfants jouent avec l’eau, et deviennent une vrai menace pour quiconque passerai à leur côté. Pistolets à eau, et ballon de baudruche remplis d’eau, sont au menu de leur journée…

Pour le bus, ça n’a pas loupé. Après 10 minutes de bus, roulant les fenêtres ouvertes, un bombardement, en bonne et du forme, a eu lieu. Des cris, des sursauts, des mouvements désespérés pour s’abriter. Trop tard. Tous ceux qui étaient debout et à côté des fenêtres sont trempés… moi ça va, juste éclaboussée….

Pensez-vous que les gens seraient mécontents? Faux

Tout le monde riait aux éclats, même les « Mama » âgées avec leurs chapeaux melons trempés posés sur leur têtes….

En discutant avec les gens, il ressort que les péruviens n’aiment pas trop les européens. Quand je dis « n’aime pas », ce n’est pas au sens ou vous l’entendez. Les péruviens trouvent que nous ne sommes pas gais, que nous sommes tout le temps sérieux et fermés, voir distants.

Ici, on dit « feliz la vida »: fête la vie. C’est plutôt explicite.

Arrivé à Pisac, le bus s’arrête devant le pont cassé par les inondations des jours précédents. Aucune voiture ne peut accéder à la ville par cette route. Je traverse le pont à pieds, sur un pont de pierre qui me semble fébrile à chacun de mes pas. En France , ça ferait longtemps qu’il serai condamné, mais ici, on fait avec. Laurent m’expliquera plus tard qu’ils ont prévu de reconstruire le pont en 2012.. Comment vont faire les gens d’ici là??

Bref , j’arrive enfin dans la ville de Pisac, et comme prévue, je demande aux passants s’ils connaissent la famille Franco, ou les Winaï taki….

Une Mama, assise à même le sol, vendant sa « chicha » me dirige: première à droite et après, troisième ou quatrième bloques.

Je passe d’abord au resto du coin, voir s ils n’ont pas vu de « Lorenzo »: Non, pas de Lorenzo.

Je remonte la ruelle indiquée par la Mama, redemande à des enfants, s ils connaissent les Winaï taki, ils m’emmènent.

A un angle de rue, je frappe à la porte, et 2 petites filles m’ouvrent:

Moi :« Holà! Busco Lorenzo, soy Héloïsa, su amiga. (bonjour, je cherche Laurent, je suis Héloïse, son amie) »

Elles:  «  MAMMAAAAAA, hay Héloïsaaaaaaaaa, busca Lorenzooooooooo,. »

La mama (Sarah): « «Lorenzo???? Esta al restaurante, abajo de la calle, a la Izquierda……(Laurent, il est au restaurant, en bas de la rue , à gauche) »

OK, bon , je sens que je ne vais pas trouver Laurent tout de suite. Je décide d’aller dans un cyber (internet) pour passer le temps…

10 minutes après qui vois -je? Lorenzo qui rentre dans le cyber café et qui me sourie.

Cela me fait plaisir de le voir.

Nous marchons un peu, et rentrons dans une petite cour : chez la famille Franco.

Une petite cour entourée de cinq petites maisons, toutes plus mignonnes que les autres.

La famille a une histoire particulière. Ils se sont tous réunis pour sortir de la pauvreté, et de l’alcoolisme qu’engendre ce genre de situation. La grand mère était esclave d’espagnole, elle a eu 5 enfants: René, hugo, Sarah, h…… et Raïmé.

Sarah est mariée à Hector

René a Edelmira.

Hugo a Indira.

H a Tita.

Et Raimé a une canadienne, que je n’ai pas vu.

Tous musiciens et chanteurs. (Sarah ne joue pas d’instrument , elle chante et danse)

Les femmes ne jouent pas d’instruments. Dans la mentalité Péruvienne, jouer d’un instrument est plus pour les hommes..

Par la suite j’ai demandé à Edelmira, pourquoi les femmes ne jouaient pas d’instruments.

Elle me répondit: « parce qu’on n’a pas envie!! C’est trop compliqué. Nous, on chante et on danse, on préfère.. »

Très bien.


Donc pour s’en sortir, et se connaitre, ils ont décidé d’habiter ensemble, et de chercher, avec courage, des solutions, pour leurs enfants, pour la vie, pour que chaque instants de leurs vies soit un moment de bonheur…

Et du bonheur, j’en ai vu, dans le regard des enfants, dans l’attitude des parents, dans l’ambiance et l’énergie particulière que dégage cette famille. Ce n’était pas un bonheur parfait, mais c’était leur bonheur, simple et beau à la fois.

Pour partager leur vision et leur foi en une vie meilleur, plus humaine, plus généreuse, ils ont décidé de construit une école avec l’aide d’une association. J’ai aimé la réponse d’Hugo à ma question: « Nous construisons une école humaine, tournée vers l’humanité, vers les gens, vers les enfants. Nous en avons assez de la déshumanité, nous voulons apprendre à nos enfants l’humanité, l’ouverture, la générosité, seulement a être humain, seulement à être humain. » 

Cette école sera moins cher aussi, seulement 60 à 80 soles par mois.

Il faut savoir que l’école est payante au Pérou. Entre 100 à 180 soles par mois, selon la classe. Inutile de dire que, quand Laurent leur a dit que l’école était gratuite pour tous, en France, ils ont failli s’étrangler.

On a du mal à comprendre la chance que l’on a , d’avoir vécu dans un pays, ou l’école est gratuite, ou payer l’école à la fin du mois n’est pas un soucis. On le comprend quant on y fait face.

J’ai du mal à écrire sur les Winaï taki, sur la famille, tant cette expérience et ce moment de vie est personnel. Comme disait Hugo sur l’école, l’humanité.

J’ai pris un coup d’humanité, j’ai appris la générosité la vrai. J’ai été maintes fois gênée par ces moments privilégiés qu’ils m’ont fait vivre, maintes fois émues, maintes fois j’ai détesté ma propre humanité , ma propre vie., ma vision étriquée du don de soi. Et pourtant, c’est ça l’humain.

Comment a-t-on pu en arriver là??? c’est la question que je me pose sur l’occident, sur mon propre pays, celui que je connais le mieux, la France.

Je suis un peu choquée quand j’écris ces mots. Je me dis  « merde », on s’est tellement éloigné de « nous ».

Je vous explique, je rentre dans la petite cour, tout le monde sort un par un, pour me saluer, un sourire jusqu’aux oreilles, me souhaitant la bienvenue. J’entre ensuite dans la maison d’Hector et Sarah, qui hébergent Laurent et Muriel , le temps de leur documentaire. Ils me saluent, ainsi que les enfants, Paola et misca. Ce « salut » a été le premier d’une grande générosité. J’ai eu un couvert à leur table, sans rien demandé, sans même me prévenir, j’ai partagé leur repas. Souvent gênée d’être là, surprise quant on me tendait une assiette, Quant on me disait de prendre du pain, de l’eau ou autres. Gênée la première fois quant ils se sont pris la main, tous assis autour de la table à l’heure du repas, et qu’ils ont entamé leur prière pour la pachamama (la terre mère) et pacha tâta (terre père).

En effet, la famille franco, est une famille « «quechua« , qui désire ardemment retrouver ses croyances, ses rites . Ils se sont perdu dans le catholicisme, et explique, qu’avant l’invasion des espagnoles et l’obligation du peuple sud américain à se soumettre à la religion catholique, le peuple avait ses croyances, ses aspérités. Ils désirent retourner aux croyances de leurs ancêtres.

Avant chaque repas, ils remercient donc la terre de les nourrir.

Après avoir fait connaissance avec la grande famille, je continue la visite avec Laurent comme guide, jusqu’à l’école en construction.

Trois petites pièces, faites de pailles et de roseaux, surplombent la ville de Pisac. Quand nous arrivons, les ouvriers partagent une chicha de jora (sorte de bière de maïs delicicieuse). Ils nous invitent tout de suite avec eux. Je m’assoie, et on me tend un des deux verres (pour 15) qui tourne, remplit de cette boisson à base de maïs. C’est la première fois que je goute ce breuvage. Laurent m’apprend à boire correctement un breuvage:

D’abord, on donne un peu à la pachamama, en versant un peu du breuvage sur le sol, ensuite on salue les compagnons avec son verre, et ensuite on boit.

Je suis surprise par le goût agréable de cette potion, moi qui n’aime pas la bière normalement (celle aux houblons), j’apprécie celle au maïs.

Le travail reprends. Je propose mon aide, après tout c’est une bonne idée pour s’intégrer. Je me baisse et exécute avec mimétisme leur travail de préparation de la paille pour la construction du toit.

17 heures: le travail s’arrête.

Laurent décide de m’emmener visiter la ville et de me présenter LA « mamita ». La « mamita » est une mamie adorable qui vend du « caldo » sur la petite place de Pisac.

Le caldo est une sorte de « pot au feu » avec beaucoup de bouillon. Le meilleur m’avait dit Laurent, je ne le contredirai pas. Au départ nous n’avions pas prévu de manger à 17 h, mais la mamita, nous voyant arriver et connaissant Laurent, nous invites à nous assoir, sur le petit banc, de son mini stand. Adorable , le sourire jusqu’aux oreilles, des gentillesse à chacune de ces phrases, elle me dit: « Prends un petit peu de caldo, un tout petit peu, tout petit petit petit,… pour gouter. »

Elle me sort un saladier…….

Le rempli de son « Caldo » délicieux, et même sans avoir faim, je le déguste jusqu’à la dernière cuillère. Bien sur, por elle, pas question de payer, pour elle. Hors de question même.

J’adore ces gens. Ils n’ont rien, mais donne tout. Et moi??? Qu’Est-ce que je donne???

Le soir venu, Laurent et moi avions décidé de dormir dans l’école encore en construction. A la roots!!!!!

Lampe frontale sur le front, sac à dos sur les épaules et duvet dans les mains, nous montons jusqu’à l’école accompagnés d’Hugo. Renée et Muriel nous rejoindrons plus tard.

Le confort est assez sommaire, si on peut appeler cela du confort.

Au milieu des outils, de la brouette, des tiges de fer, nous déposons notre duvet. Heureux quand même d’être là.

Nous sortons dehors admirer la vallée engloutie par les ténèbres. Le temps est orageux, et Hugo commence à jouer de la flute, son instrument.

C’est magique, on dirait que la nature s’est tu pour l’écouter. Il n’y a aucun son, à part celui qui sort de sa flute. C’est beau, c’est reposant, c’est vivifiant; Je me rends compte que je vis une moment privilégié. Hors des sentiers battues, hors d’un circuit touristique.

Hugo fini de jouer, il y a un long silence avant qu’il ne prenne la parole. Il m’explique que chaque moment à sa musique. Que le temps à sa musique. Il y a une musique pour la pluie, une musique pour le soleil, pour les nuages, pour l’orage, pour le levée du soleil, pour le l’aube, etc., etc.…..

Nous nous asseyons, et partageons quelques feuilles de coca. Tout le monde chique de la coca ici. Attention, ne faites pas d’amalgame avec la cocaïne, tiré de la feuille de coca. Il faudrait-je ne sais combien de kilo de feuilles, pour pouvoir en tirer ne serai ce qu’un petit peu de substance, qui sera ensuite coupé avec du pétrole, du lactose, du sucre, et autres produits chimiques.

Bref, il n’y a pas de dépendance , ni d’effets bizarre à mâcher ou à boire un thé de feuilles de coca.

 

La feuille de coca est utilisée, de manière empirique, de très longue date par les Indiens des Andes qui mâchent les feuilles de coca ou les consomment en infusion pour les aider à résister à la fatigue et à l'altitude.


Là aussi, il y a une méthode:

Prenez un sac de feuille de coca.

Choisissez 3 feuilles, de tailles différentes, que vous empilez les unes sur les autres.

Levez vous, et proposez votre assortiment à un compagnon qui prendra les feuilles et vous saluera par la même occasion.

Vos feuilles dans les mains, après avoir remercier votre généreux donateurs de feuilles, soufflez sur les feuilles et saluez les montagnes la terre, le ciel, tout ce qui vous entoure… et installez les feuilles entre les molaires du fond.

Attention, ce n’est pas un chewing gum!!!!!! Si vous mâchez comme un énervé, votre bouche sera remplie , en quelques secondes, d’un millions de petits bouts de feuilles (j’exagère à peine) et la sensation sera vraiment désagréable.

Non! mastiquez tout doucement. Pas d’agression sur la feuille…;Juste une caresse avec les dents.

René et Muriel arrivés, la soirée continue en chanson, et en musique. La soirée est sympathique , et agréable,. Il fait totalement nuit maintenant, Renée allume de l’encens, et continue à jouer du bombo (tambourin) pendant que Hugo joue de la flute.

Muriel se met à chanter aussi, Laurent écoute, absorbé par la musique et par l’ambiance de la soirée. Il fait totalement sombre, nous ne nous voyons presque plus. Nous devinons juste le contour de nos silhouettes. Renée allume une pipe, et comme un calumet de la paix fait passer à son camarade de droite. La pipe tourne et arrive jusqu’à moi….. Je ne ferai aucun commentaire sur le contenu de la pipe, mais on va dire que tout le monde était détendu après…..sans commentaire.

Après 3 ou 4 tours de « calumets », Renée me tend la guitare, à mon tour de jouer. Je joue un peu.. Le silence…..tout le monde m’écoute. Je ne suis pas très à l’aise avec l’attention soudaine apportée à ma musique. Mais, la substance contenue dans la pipe a un effet relaxant chez moi, et je continue.

…….

Je termine mon morceau……

……..;;

Silence…..

…. Hugo se tourne vers moi et me dit :« merci… »

Je suis sans voix, c’est la première fois qu’on me dit merci après avoir joué de la guitare.. Cela à l’air tout bête comme cela, mais c’est surprenant.

René me dit « merci » à son tour, ainsi que Laurent.. Je ne sais pas quoi dire, j’essaie de baragouiner un ou deux mots, mais rien ne sort. Je suis surprise et décontracté en même temps.

Nous continuons à jouer très tard dans la nuit. Jusqu’à ce que chacun regagnent son lit, pour Laurent et moi, les duvets dans l’école.

Commenter cet article